Résultat du Prix Marcel Boiteux 2023
COMMUNIQUE DE PRESSE
Prix 2023 des meilleurs ouvrages d’économie de l’énergie
L’Association des Economistes de l’Energie (AEE) distingue Emmanuel Hache et Benjamin Louvet pour leur ouvrage sur l’économie de l’énergie
L’Association des Economistes de l’Energie a décerné, mardi 21 novembre 2023, un prix récompensant un ouvrage collectif dirigé par des auteurs français qui proposent des contributions remarquables à l’analyse économique du secteur de l’énergie :
- le prix Marcel Boiteux d’économie de l’énergie est décerné à Emmanuel Hache et Benjamin Louvet pour l’ouvrage « Métaux, le nouvel or noir ».
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Les Prix annuels ont été remis lors du colloque annuel de l’Association des Economistes de l’Energie.
Christophe Bonnery, Président de l’AEE, a déclaré : « Le Prix Marcel Boiteux de l’AEE, crée en 2011, a été remis par M. Marcel Boiteux jusqu’en l’âge de ses 100 ans. La communauté française des économistes de l’énergie a perdu cette année à 101 ans son Président d’Honneur et la France un grand homme. Sa mémoire a été saluée par le Président de la République, Monsieur Emmanuel Macron, dans une communication spéciale.
L’AEE perpétue son souvenir et continuera à honorer tous les ans ceux qui produiront un ouvrage remarquable en économie de l’énergie.
En ce moment, nos pensées vont à lui et à ses proches. »
Les Prix annuels ont ensuite été remis à l’issue du colloque de l’Association des Economistes de l’Energie.
Christophe Bonnery a déclaré : « La communauté française des économistes de l’énergie a produit cette année plusieurs publications qui ont été remarquées par les membres de notre jury.
Je rappelle que l’AEE n’est ni un think-tank, ni un syndicat professionnel. À l’image de l’institution à laquelle elle est affiliée, l’IAEE (International Association for Energy Economics), qui fédère les associations nationales et les membres de 110 pays et que j’ai eu l’honneur de servir en qualité de Président, elle rassemble des académiques, des chercheurs, des experts, des doctorants qui proposent des solutions contre le changement climatique et œuvrent pour favoriser l’accès à l’énergie porteuse de croissance économique. Je suis particulièrement vigilant à ce que les prises de position de l’AEE et de l’IAEE soient équilibrées et fondées sur la rationalité économique. Notre mission en tant qu’économistes de l’énergie est de contribuer à la transition énergétique en apportant des avis constructifs, critiques, académiques et indépendants.
Notre association, l’AEE, fait preuve d’une belle vitalité. Elle est depuis 2015 la deuxième du monde en effectif dans le domaine de la science économique appliquée à l’énergie, juste derrière les Etats-Unis, après être passée devant le Royaume-Uni en 2015 et l’Allemagne en 2014. La communauté internationale connaît et reconnaît ce dynamisme de la France, qui est régulièrement citée en exemple au sein du Conseil de l’IAEE.
Un mot sur l’IAEE et ses activités. L’IAEE, c’est d’abord l’édition de deux journaux scientifiques de référence dont « Economics of Energy & Environmental Policy » et le prestigieux « Energy Journal » dont le comité éditorial vient d’être renouvelé. À ce propos, je tiens au nom de l’ensemble de notre communauté à adresser de vives félicitations au Dr. Dorothée Charlier (Université Savoie Mont-Blanc) qui vient de rejoindre ce comité et va de ce fait assurer une présence française bienvenue dans les instances dirigeantes de cette revue de référence.
L’IAEE, ce sont aussi des conférences destinées aux membres. En moyenne, l’AEE organise une vingtaine de conférences par an. Après la parenthèse des années 2020 et 2021 pendant lesquelles, pandémie oblige, nous avions opté pour des webinaires, nos conférences sont essentiellement revenues en mode présentiel. Ces évènements sont voués à faciliter la circulation des idées pour contribuer utilement au débat public. En 2024, nous allons renforcer les temps de convivialité après ces conférences pour prolonger les dialogues.
Quant aux prochaines conférences internationales, après Tokyo et Riyad, elles se tiendront en 2024 à Istanbul, en 2025 à Paris, en 2026 à la Nouvelle-Orléans, en 2027 à Hong-Kong, en 2028 en Abu-Dhabi.
La conférence internationale Paris 2025 est confiée au Professeur Cédric Clastres (Université Grenoble Alpes), qui en qualité de General Conference Chairman. Elle devrait accueillir plus de 800 participants avec des intervenants de premier rang qui se retrouveront au Palais des Congrès. Nous accueillerons les candidatures de sponsors dès à présent.
Comme je le disais en introduction, le départ du Président Marcel Boiteux ne signifie pas la fin de la remise du Prix qui porte son nom. Bien au contraire. Notre mission reste plus que jamais de transmettre sa flamme et son excellence dans l’économie de l’énergie. La société civile veut comprendre la rationalité des politiques énergétiques. Cela peut se faire par des conférences mais aussi par la distinction de travaux remarquables. Pour répondre à notre mission de stimulation et de diffusion de la science économique appliquée à l’énergie, l’AEE attribue annuellement plusieurs distinctions. Outre le Prix Marcel Boiteux du meilleur ouvrage en économie de l’énergie, l’association distingue chaque année les papiers de recherche les plus prometteurs signés par de jeunes chercheurs inscrits en doctorat. Fait nouveau cette année, un troisième type de récompense va également mettre à l’honneur des travaux remarquables : ceux réalisés dans le cadre de mémoires de Master. Je tiens à remercier ici les membres de ces trois jurys qui ont eu la lourde tâche d’évaluer les productions de l’année écoulée sur nos thèmes de prédilection.
Il est donc temps maintenant de décerner les Prix de l’AEE à commencer par le Prix Marcel Boiteux 2023. En 2022, ce Prix a été remis à Claude Crampes de TSE pour l’ouvrage collectif ‘Regulating Public Services : Bridging the Gap between Theory and Practice’. Pour 2023, je passe sans plus attendre la parole au représentant du Jury ».
Le Professeur Olivier Massol (IFP School), Président du jury 2023 du Prix Marcel Boiteux, a déclaré : « Cette année, le jury a souhaité distinguer un ouvrage qui éclaire dans des termes accessibles un enjeu majeur : les besoins en matériaux soulevés par la transition énergétique et leur multiples répercussions.
Cette année, le Prix Marcel Boiteux qui récompense le Meilleur Ouvrage en Economie de l’Energie est décerné au livre « Métaux, le nouvel Or Noir » de Emmanuel Hache et Benjamin Louvet.
Les questions minérales font un retour remarqué dans l’actualité. En Europe, mines et métaux ont été malencontreusement « rangés dans le placard de l’histoire industrielle ». La transition énergétique et les nouvelles dépendances qu’elle engendre viennent fracturer la porte de ce placard oublié. L’effraction est violente : sommes-nous en train de troquer la dépendance aux énergies fossiles pour une dépendance aux métaux ? Nous avons collectivement vécu dans l’illusion d’une offre de métaux abondante, assurée par un secteur concurrentiel et ne présentant pas d’enjeux géoéconomiques. La prise de conscience est brutale : les questions géostratégiques, économiques et industrielles soulevées par l’extraction et la transformation des matières premières sont un angle mort de la transition énergétique.
Ces questions sont au cœur de l’ouvrage proposé par Emmanuel Hache et Benjamin Louvet. Expert académique, le Dr. Hache mène depuis une dizaine d’années des travaux de recherche sur le sujet. Il a notamment dirigé le récent projet GENERATE Géopolitique des ENergies Renouvelables et Analyse prospective de la Transition Energétique financé par l’Agence Nationale de la Recherche. Gérant d’actif spécialisé dans les matières premières, Benjamin Louvet apporte le regard du praticien.
Ce croisement de points de vue donne un plan limpide. Après une première partie qui rappelle l’impératif climatique et présente de manière synthétique les enjeux de la transition énergétique, la seconde partie entre dans le vif du sujet. Les auteurs y discutent d’abord l’ampleur des besoins soulevés par la transition et la prise de conscience du caractère stratégique de certaines matières premières. Ils plongent ensuite dans les méandres des chaînes de valeur de l’industrie minière et métallurgique. Si les contraintes géologiques – les sempiternelles questions liées à la dotation en ressources – sont bien évidemment discutées, il faut saluer la vision des auteurs qui défendent une conception élargie de la notion de criticité des matériaux. Pour eux, celle-ci intègre nécessairement des enjeux industriels, environnementaux et géostratégiques. Enfin, les auteurs nous invitent à regarder au-delà des inventaires géologiques et à considérer les goulets d’étranglement qui contraignent le développement des nouveaux projets miniers.
La troisième partie de l’ouvrage s’intéresse aux implications économiques, géostratégiques et environnementales de la transition vers les technologies bas carbone. Du point de vue économique, le supplément de demande qu’elle occasionne fait grimper les prix sur les marchés des principaux métaux et renchérit les coûts de fabrication des technologies bas-carbone. Ces effets inflationnistes sont néanmoins à mettre en regard des coûts de l’inaction climatique. Du point de vue géostratégique, la transition devrait s’avérer favorable aux grands pays miniers (Australie, Canada, le triangle du lithium Argentine-Bolivie-Chili), dans l’Asie Pacifique (Chine, Indonésie, Thaïlande, Vietnam, Birmanie) et les économies africaines dotées d’un potentiel géologique (notamment en Afrique subsaharienne). Cependant, il y a « loin de la coupe aux lèvres » et l’ouvrage discute la capacité de ces économies à transformer cette dotation géologique en un décollage soutenable. Cette partie est aussi l’occasion de discuter deux sujets brûlants : (i) les ambitions chinoises et rôle prépondérant de la Chine dans l’aval de la chaîne de valeur, et (ii) le devenir de l’exceptionnel potentiel minier russe. Les répercussions sur les relations internationales dans un contexte de rivalités géostratégiques ne sont pas éludées. Les auteurs discutent également la tentation de la cartellisation pour les pays miniers. Du point de vue environnemental, le livre passe en revue les multiples empreintes environnementales des activités minières. Même motivés par la transition bas-carbone, l’essor des nouveaux projets miniers va générer des externalités.
Face à ces bouleversements, les auteurs tirent plusieurs conclusions. Pour les pays importateurs, le recyclage apparaît comme un impératif stratégique mais il reste handicapé par son coût et les incertitudes sur le potentiel de la filière. Ce constat conduit les auteurs à considérer des politiques visant à modérer la demande. Du point de vue géopolitique, la question minérale est un nouveau terrain où s’exprime l'antagonisme entre les USA et la Chine et l’ouvrage passe en revue les stratégies mises en œuvre par les deux géants.
La conclusion du livre est l’occasion de discuter la singularité de la position européenne et insiste sur les carences françaises. Du fait d’une dotation géologique défavorable, la dépendance du continent est difficilement contournable mais les auteurs font aussi le constat de nombreuses erreurs stratégiques et déplorent l’absence de vision géostratégique au sein de l’UE. Sur une note plus positive, le livre souligne atouts de l’UE (notamment ses capacités financières et technologiques). Suffiront-elles ?
La grande force de cet ouvrage réside dans ses qualités pédagogiques. Si le style vif et enlevé rend la lecture plaisante, la rigueur du propos toujours précis et documenté montre qu’il est possible de s’adresser au plus grand nombre en gardant les standards académiques chevillés au cœur. Bref, voilà un ouvrage destiné au plus grand nombre qui fait honneur à la profession !
Christophe Bonnery ajoute : « L’impérative nécessité de réduire nos émissions est bien connue des économistes. Notre communauté d’économistes doit s’employer à proposer les transformations acceptables pour décarboner le secteur énergétique, stimuler la sobriété et nourrir la croissante. Les situations de précarité en France et dans le monde sont souvent à l’origine de réactions violentes des consommateurs face à l’effort demandé de respecter l’environnement, effort toujours générateur de surcout. Il nous appartient à nous économistes de mieux expliquer que le cout environnemental peut alimenter les fiscalités incitatives si elles sont justement réparties.
L’ignorer est une erreur. Rappeler l’impérative nécessité de lutter contre le changement climatique et en même temps capter et faire connaitre les réalités économiques sont les missions auxquelles notre communauté d’économistes doit répondre.»
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